samedi 5 avril 2008

La légende de la chapelle de Gare-le-cou

Chapelle Gare-le-cou(p) - Toul (54)


La légende :

n 1251, le prince breton Ralbert Constant revenait de croisade. Après s’être échappé des geôles sarrasines, il se dirigeait vers la France en passant par l’Allemagne. Parti avec 3000 hommes le prince de Saint-Brieuc n’en ramenait qu’une centaine vers ses terres. Comme à son habitude, la troupe s’était divisée en petits groupes pour éviter les risques de famine. Le prince chevauchait en tête avec 4 ou 5 seigneurs. Ils avaient déjà passé le Rhin et les Vosges et enfin les remparts de la ville de Toul se dessinaient au loin. Mais la nuit tombante et l’épuisement firent arrêter les hommes à quelques lieux de la ville.



Ils s’installèrent au bord d’un petit ruisseau et au pied d’un coteau sur lequel s’élevait une statue de la Vierge à l’enfant. Le lieu était renommé dans la contrée car la vierge de bois était réputée pour opérer toute sorte de miracles. La population l’avait baptisé Notre-Dame-des-Misères et les pèlerins venaient de loin pour obtenir un miracle. En ces lieux, mêlé aux pèlerins se trouvaient des bandes de voleurs déguisés en pèlerins ou marchands, en quête d’un larcin. Le prince ne passa pas inaperçu et un groupe suivi les quelques hommes séparés du gros de la troupe.



A minuit, alors que les hommes dormaient, les bandits se glissèrent au milieu des croisés. L’un deux leva sa massue au dessus de la tête de Ralbert-Constant et au moment où il s’apprêtait à tuer l’infortuné, la vierge cria « Gare le cou ! ». Grâce à cet appel le prince réussi à éviter le coup et rapidement toute la petite troupe fut sur pied pour massacrer la bande de brigand. La légende conte que seuls deux hommes échappèrent aux armes des croisés mais allèrent, dans leur trouble, se jeter au milieu du camp où ils furent brûler vifs. Le prince de Saint-Brieuc pour avoir vu sa vie sauvée promit de revenir dans l’année en pèlerinage avec sa femme et ses neuf enfants, pour ériger une chapelle dédiée à Marie et placée sous l’invocation « Notre-Dame de Gare le Cou ». Trois mois plus tard, Ralbert Constant était déjà de retour de Bretagne avec femme et enfants. Et bientôt une chapelle se tiendrait en lieu et place du miracle.





Les variantes :

Il s’agit là d’une version de la légende basée sur celle d’ Edmond Werdet et je n’en ai trouvé qu’une seule autre, rapportée par Roger Maudhuy. La principale variation est le nom du lieu qui devient « Gare-le-coup ». La seconde variation porte sur la raison de la présence du prince dans le Toulois. Dans cette variante il est juste en expédition et non pas de retour de croisade. Enfin la dernière différence porte sur le devenir de la bande de brigands. Ici, les voleurs qui auraient échappés au tranchant des lames auraient été capturer et brûler dans un petit bois voisin qui aurait pris le nom de « bois des Ardents ».



La réalité :


L’origine du nom de Gare-le-Cou :

Pour l’IGN et pour Edmond Werdet, qui habitat sur place, le lieu se nomme Gare-le-Cou. Toutefois il est possible de trouver l’intitulé « Gare-le-Coup » et cette lettre, en plus change tout quand au sens. Les anciennes publications scientifiques et officielles privilégient plutôt le coup au cou. C’est donc vers cette option que je me pencherai. Les deux termes dériveraient, selon Roger Wadier, de Valcourt.

Oui, mais. Car il y a bien sûr un « oui, mais » sinon ce serait trop simple. On trouve une autre dénomination proche, dans l’intitulé de « Gare-le-col ». La société d’Archéologie nous apprend qu’en fait l’appellation « Gare-le-Cou » est récente (en 1870, ce qui l’ait déjà moins pour nous) et que précédemment la chapelle était dénommée Walecort, Walco, Wualcol ou encore Walcol. Et de Walcol et ses semblables à Gare-le-col, l’accent lorrain aidant, il n’y a qu’un pas.

Je vous laisse le choix…


La chapelle :

La chapelle a longtemps été l’objet d’une grande vénération dans la Toulois, et même la révolution va l’épargner ainsi que les objets qui avaient été placés là. Elle est toutefois aujourd’hui devenu une maison d’habitation.



Son origine semble être plus ancienne que la légende. La culture populaire place sa construction en 1251 voire 1252, mais un texte atteste de la présence d’une église sur les lieux en 1032. La chapelle a-t-elle était reconstruite, ou est-ce la même ? L’histoire ne le dit pas. Des auteurs pensent que certains éléments peuvent dater de cette époque tel que les chapiteaux romans et la nef de plein cintre. Le chœur et le clocher seraient pour leur part du XVème siècles.

La chapelle aujourd'hui a subit pas mal de remaniements. Je ne vais donc vous décrire ce qu’elle est devenue, je vous laisse regarder les photos. Le résultat n’est pas, à mon humble avis, une grande réussite. Si vous voulez tout savoir de ce qu’elle a été, je vous renvoie aux mémoires de 1870 de la société archéologique de Lorraine, disponibles sur Gallica.
Nous noterons quand même la présence d’un petit clocher dont la forme est inhabituelle en Lorraine.





Le prince de Saint-Brieuc, Ralbert Constant :

Ce personnage à t’il existé ? A t-il était inspiré par un autre personnage ? Le nom que la légende à retenu a-t-il subit d’importantes transformations ? Toujours est-il que je n’ai pu en retrouver la trace, ni celle d’une famille avec un nom approchant dans les familles nobles de cette région.

La légende se déroulant en 1251, les croisés doivent revenir de la 7ème croisade, lancée en 1248 par Louis IX. Au cours de cette croisade, Saint-Louis prend la direction de l’Egypte et de la Syrie puis de la Palestine. L’épopée se terminera en 1254. Au cours des 4 années passées en Palestine, le roi de France va racheter la liberté de plus de 10 000 chevaliers chrétiens retenus prisonniers. Faut-il voir là l’origine du prince libéré des geôles sarrasines ?





Plan :

Voici le plan pour vous rendre à la chapelle. Elle se trouve entre Toul et Pierre-la-Treiche. Il faudra prendre un tout petit chemin en terre battue pour trouver l'édifice.


Légendes thématiquement proches :




Légendes géographiquement proches :





Bibliographie :

De la librairie Française. Edmond Werdet. 1860. Pages 1-5.

La Lorraine des légendes. Roger Maudhuy. 2004. Page 105.

Mémoire de la société d’archéologie lorraine. 1870. Pages 272-274.

Collection de documents inédits sur l’histoire de France - Rapports au ministre. Adolphe de Grabe. 1839. Page 104-105.

Septième croisade. Wikipédia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Septi%C3%A8me_croisade

Liste des souverains de Bretagne. Wikipédia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_ducs_de_Bretagne#Rois_et_princes_du_haut_Moyen_.C3.82ge_.28historicit.C3.A9_discut.C3.A9e.29 et nombreux autres documents.



Iconographie :

BERNIER Camille. Effet de nuit à Kerlagadic.

SIGNOL Emile. Episode de la septième croisade.

5 commentaires:

Bertaga a dit…

Encore une histoire superbement bien documentée et racontée.

Comme d'habitude, j'attends la suite :)

Mélusine a dit…

Il va falloir que je m'y rende pour voir d'un plus près cet étrange reconstitution de chapelle, maintenant habitée !!
Un bien que ton blog qui m'en apprends sur ma région !!
Bisous Thérion !!

Therion a dit…

Merci beaucoup ;)

projexpo a dit…

Votre article est très intéressant.
Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, je propose de mettre un lien vers votre article pour compléter mon travail. Ce dernier consiste à trouver des solutions de mise en valeur du patrimoine historique et la légende est un excellent moyen de proposer une autre histoire imaginative, orale et pédagogique.


Le lien vers mon Blog si vous souhaitez en savoir plus : le blog de projexpo

Anonyme a dit…

Ayant habité gare-le-col "gare-le-cou" toute mon enfance c'est un joli petit hameau qui a bien changé depuis 20 ans pour en faire des constructions modernes. Je suis bien triste de voir comment est devenu le lieu de mon enfance. j'y retourne plusieurs fois par an, sans oublier d'aller saluer ma petite chapelle dans laquelle j'ai fait ma communion avec mes fréres et soeurs au 30 Avril 1950, par une jolie jounée trés ensoleillée et trés chaude, sans oublier jean pierre, François et suzanne qui ont fait leur communion ce même jour avec moi.Que de nostalgie ce gare-le-cou.
Edith.